Dans le brouillard

TCAC

Je suis dans le brouillard. Pas tout le temps, mais de temps en temps, tout se brouille dans ma tête. J’oublie, j’ai du mal à me concentrer, je ne peux pas faire deux choses en même temps.

Non, ce n’est pas la maladie d’Alzheimer, pas encore. C’est ce que les anglo-saxons appellent le « chemofog » (brouillard chimio) ou « chemobrain » (cerveau chimio). Et c’est sérieux !

Il semble que ce trouble dont souffrent près d’un tiers des patients atteints du cancer et ayant subi un traitement de chimiothérapie provienne de plusieurs facteurs.

Tout d’abord, le cancer lui-même : le cerveau doit encaisser l’annonce de la maladie, l’anxiété et la fatigue qui s’ensuivent. Et puis, la chimiothérapie qui, malheureusement, détruit aussi les cellules saines, ainsi que des troubles hormonaux ou de l’immunité.

A l’imagerie, les scientifiques ont noté une diminution de certaines régions du cerveau, comme l’hypothalamus ou le cortex frontal, qui affectent la mémoire immédiate, la concentration et la capacité de faire plusieurs tâches en même temps.

Ce qui est sûr, c’est que nous, les patients, ne pensons pas toujours à parler de ces troubles à notre oncologue quand nous allons en consultation. Ils sont pourtant très invalidants . D’autant plus qu’ils peuvent persister longtemps après la fin des traitements.

Mais, rassurez-vous, tout n’est pas perdu. On peut limiter ces troubles de la mémoire. Comment ?

Déjà éviter les facteurs aggravants : le tabac et l’alcool, le stress, le manque de sommeil (aïe, ça c’est pour moi!), une activité physique insuffisante et certains traitements psychotropes (genre somnifères ou anxiolytiques).

Alors, que faire ? Exercer sa mémoire : jouer, cogiter, lire, apprendre ! Mots croisés, sudoku, solitaire, scrabble. On peut même jouer sur son smartphone. Il existe plein d’applications gratuites.

J’ai aussi trouvé un site internet où on peut jouer en ligne :

http://www.tv5monde.com/cms/chaine-francophone/jeunesse/Entrainement-cerebral/p-26327-Entrainement-cerebral.htm

Il y a aussi quelques astuces à mettre en pratique et qui peuvent aider dans la vie de tous les jours.

  • Ne faites pas plusieurs choses à la fois (oui, je sais, c’est dur). Terminez toujours ce que vous êtes en train de faire.
  • Créez des habitudes. Par exemple, associez la prise de médicaments à une activité que vous faites à heures régulières tous les jours.
  • Prenez votre temps pour retenir une information.
  • Mettez des aide-mémoire partout ! Ayez un petit carnet ou un petit agenda que vous rangerez toujours à la même place et sur lequel vous noterez tout ce dont vous devez vous rappeler. Mettez des alarmes sur votre smartphone. Collez des post-it sur le frigo, la télé, le placard.

Et surtout, n’ayez pas honte, ne vous sentez pas coupables. C’est vous qui subissez tous les inconvénients de ces troubles. Quand vous parlez à quelqu’un qui ne vous connaît pas, n’hésitez pas à lui dire que vous souffrez de troubles cognitifs, que vous ne comprenez pas toujours tout du premier coup, que vous serez peut-être obligé de poser des questions. C’est comme ça, les autres comprennent ou pas !

Bon, et ben là, je me suis un peu lâchée ! J’espère que vous aurez réussi à lire ma prose jusqu’au bout sans vous endormir.

Allez, à plus ! Et surtout, portez-vous bien !

Fatigue, quand tu nous tiens !

moi fatiguée blog

Quand je dis que je suis fatiguée, je me heurte souvent à l’incompréhension de certains de mes proches. Je peux presque lire leurs pensées : « comment ça, tu es fatiguée ? Mais tu ne fais rien de tes journées. Alors que moi … »

Bon, d’abord, c’est pas tout à fait vrai que je ne fais rien. Mettre la lessive en route, mettre le linge à sécher, le repasser, faire les courses, les repas, donner à manger aux chiens, aux chats, sortir les poubelles.

Par contre, c’est vrai, je fais un blocage total sur le ménage. J’assure les urgences : nettoyer les toilettes, les lavabos, l’évier, un petit coup d’aspirateur par semaine. Le plus visible ! La partie cachée de l’iceberg, je ne la fais pas. C’est pas que je ne veux pas, c’est juste que je ne peux pas.

Comment expliquer cette fatigue qui me tient ? C’est une fatigue physique, mais pas que. C’est comme une chape de plomb qui vous tombe dessus sans crier gare. Tout va bien, puis tout d’un coup vous vient cette irrépressible envie de dormir, d’arrêter sur le champ ce que vous êtes en train de faire. On a l’impression que le cerveau vient de disjoncter, comme ça, d’un seul coup.

Alors, je n’ai plus qu’à m’asseoir, dormir 10 ou 20 minutes, puis c’est reparti. Mais ça arrive plusieurs fois dans la journée et ça coupe un peu l’élan. Et le soir, j’vous dis pas. C’est la télé qui me regarde !

D’où elle vient, cette fatigue ? De la maladie, c’est sûr. Mon corps se bat depuis trois ans et il est fatigué. Du traitement aussi. Je suis toujours sous chimio et les effets se font sentir. Et n’oublions pas la déshydratation due à la stomie.

Et puis, le cerveau joue aussi sans doute son rôle. Il a morflé aussi, mon cerveau. Il en a géré des crises. Et je pense que lui aussi a besoin de déconnecter de temps en temps.

Quoi qu’il en soit, cette fatigue est invalidante. Elle m’empêche de vivre ma vie correctement. Aux yeux des autres, elle ne se voit pas. Elle est d’autant plus difficile à accepter. Et c’est pas fini.

D’après la psychologue qui animait les ateliers à Essononco, la fatigue est le premier et le dernier symptôme de la maladie. Après guérison, elle peut perdurer 10 ans.

Et moi, je ne suis pas encore guérie ! Ben mon vieux, c’est pas cool !

Bon, allez, c’est pas tout mais j’ai un peu de ménage à faire, quand même !

A plus. Et surtout, portez-vous bien !

La recette du dimanche soir

Hier soir, j’ai fait une super recette qui est très simple, qui ne prend pas trop de temps et qui fait de l’effet. La voici :

Tarte soleil tomate-jambon-gruyère

Préparation : environ 15 minutes

Ingrédients  pour 4 personnes :

  • 2 pâtes feuilletées rondes
  • 3 cuillers à soupe de coulis de tomate
  • 4 tranches de jambon
  • 100 g. de gruyère râpé
  • 1 jaune d’oeuf
  1. Préchauffez le four Th 6 (180°)
  2. Etalez le premier rouleau de pâte sur une plaque recouverte d’une feuille de papier cuisson
  3. Etalez le coulis de tomate dessus en laissant une petite bordure
  4. Parsemez le râpé sur le coulis
  5. Coupez chaque tranche de jambon en deux et répartissez-les sur la préparation
  6. Couvrez avec la deuxième pâte
  7. Déposez un verre au centre de la pâte pour façonner le coeur puis découpez 16 bandes (vous pouvez essayer 24 bandes, mais c’est plus fragile)
  8. Torsadez les bandes, puis retirez le verre. Dorez vos torsades avec le jaune d’oeuf dilué avec un peu d’eau.
  9. Enfournez 30 minutes environ et régalez-vous !

Voici le résultat en images :

tarte soleil avant
avant cuisson
tarte soleil après
après cuisson

 

Allez, je vous laisse. Et surtout, portez-vous bien !

Chaud !

Ben oui, encore une fois, je me rends compte que je n’ai pas respecté mes bonnes résolutions. J’ai oublié mon blog.

Et pourtant, j’en ai des choses à raconter, des bonnes et des moins bonnes.

Jeudi dernier, mon amie Laurence et moi sommes allées aux obsèques de notre copine Nathalie. C’est pas juste, cette maladie. Pourquoi certains s’en sortent et d’autres pas ? Pourtant, c’était une battante, Nathalie. Jusqu’au bout, elle a voulu y croire. Elle a pensé pouvoir les vaincre ces foutues métastases osseuses. Mais non, le combat l’a menée à l’épuisement. Elle est partie à 52 ans. Laurence et moi, nous nous devions d’être là, de partager ce moment de recueillement et de partage. Au revoir, Nathalie. Tu resteras longtemps dans nos mémoires, nous n’oublierons pas ta gentillesse et ton courage.

Côté bonnes nouvelles, ma candidature au D.U. « accompagnement du patient en parcours de cancérologie » a été acceptée. A bientôt 60 ans, je vais retourner sur les bancs de l’école. Un nouveau départ pour moi.

Beaucoup me demandent si je me sens capable d’assumer ce nouveau rôle, si j’ai pris assez de recul par rapport à la maladie.

Je ne sais pas. Je pense que je suis prête à m’investir dans cette mission. Maintenant, qui peut vraiment savoir de quoi nous sommes capables ?

Je dois essayer. Sinon, j’aurai des regrets. J’espère sincèrement réussir le D.U. et contribuer à l’évolution du parcours des malades en cancérologie.

Après tout, je suis une guerrière, je sais me battre !

Allez, je vous laisse, je vais aller boire un grand verre d’eau parce que je suis en train de me déshydrater.

Zut, ça me fait penser que j’ai oublié d’envoyer une message à Céline, mon infirmière, pour lui dire que tout va bien ! Je vais me faire disputer !

A plus ! Et surtout, portez-vous bien !