I … comme invalide

Un soir tu te couches comme une personne normale, fatiguée et malade, certes, mais normale. Et le lendemain tu te réveilles invalide.

C’est ce qui m’est arrivé cette semaine. Et je dois dire que ça m’a foutu un coup au moral.

Je résume : je suis en arrêt de travail pour mon cancer du sein métastasé depuis le 1er juin 2014. Les indemnités journalières sont versées pendant 3 ans pour les ALD (affections de longue durée). Elles me seront donc payées jusqu’au 31 mai de cette année.

Donc moi, toute confiante, je me suis dit que j’allais reprendre le travail. J’ai envie de changer de boulot. Je me suis dit que j’allais faire un bilan de compétences pour cerner le domaine qui me conviendrait. Je pensais reprendre à temps partiel au début, demander le statut de travailleur handicapé pour bénéficier de certains aménagements.

Et puis, il y a deux semaines, j’ai reçu un courrier de la CRAMIF (Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile de France) avec un formulaire de demande de pension d’invalidité. Sur le moment je me suis dit « ça va pas la tête, je suis pas invalide » mais, bon, j’ai renvoyé le dossier en me disant qu’ils allaient me demander d’autres documents, genre certificat médical.

Et voilà que mardi matin je reçois un nouveau courrier. Et là, stupeur ! Ils m’accordent une pension d’invalidité à compter du 1er juin prochain. Non seulement ça, mais en plus catégorie 2, c’est à dire qu’ils considèrent que je suis dans l’incapacité d’exercer une activité professionnelle.

Comment vous dire ? J’ai reçu à ce moment là une grosse claque dans la figure (métaphoriquement parlant, bien entendu).

Bêtement, ma première réaction a été de me dire que je profitais du système. Oui, je sais, c’est très bête : j’ai quand même un cancer métastasé, une iléostomie sans doute à vie, un traitement de chimio sans doute encore pour un sacré bout de temps. Mais je suis comme ça. J’aime pas abuser.

Mon deuxième choc, le plus traumatisant je crois, c’est que je me suis rendu compte que jusqu’à présent, j’avais refusé d’admettre ce qui paraissait évident à tout le monde autour de moi et que je savais au fond de moi : je ne suis pas encore capable de reprendre une activité. Je ne le serai peut-être plus jamais. Et ça, ça fait mal.

Regardons les choses en face : je vais avoir 59 ans (facteur aggravant), je suis fatiguée, j’ai la capacité de concentration d’un enfant de 2 ans (même mon petit-fils fait mieux que moi), j’ai une mémoire de fougère et je dois vider ma poche 15 fois par jour.

Soyons réalistes : ils ont raison à la CRAMIF !

On va pas s’apitoyer. Si je ne peux plus travailler, je vais essayer de me consacrer à autre chose. Mon idée est de développer un peu ce blog. J’ai déjà commencé en introduisant Miss Iléo qui va nous donner des informations pratiques sur les iléostomies. Je vais peut-être aussi donner des idées de sorties sur Paris et les alentours. Poster quelques unes de mes recettes de cuisine.
Enfin, je vais rebondir, comme d’habitude.

Allez, on se laisse pas abattre. C’est bientôt le printemps. Petit cadeau de mon jardin, jonquilles (ou narcisses, je fais jamais la différence), primevères et muscaris.

 

Je vais prendre mon quatre heures. A plus et surtout, ne lâchez rien !

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